Le financement du COS

Titulaire depuis le 29 janvier 2016 d’un contrat de concession conclu avec l’État, ARCOS a en charge la conception, le financement, la construction, l’exploitation et la maintenance de l’A355. Jacques Walckenaer, Directeur administratif et financier de cette filiale du groupe VINCI, revient en détails sur la finalisation du financement opéré fin avril 2018.

Dans le Contrat de concession, VINCI apportait la totalité du financement. Pourquoi le refinancer ?

En effet, nous apportions une partie du financement du Contournement Ouest de Strasbourg sur nos fonds propres (40% du total), le reste étant supporté par un emprunt à VINCI Finance International, une des filiales dédiées du groupe. ARCOS avait souscrit un prêt de 368 millions d’euros aux conditions du marché, comme auprès d’une banque commerciale. Mais ce type de financement, qui permet d’assurer au concessionnaire des ressources immédiatement mobilisables, n’a pas vocation à être pérenne. Le principe des grands projets d’infrastructures est de faire porter une partie du financement par des banques : nous avons donc étudié les conditions du marché pour constituer un groupe de financeurs composé de différents organismes. L’objectif étant de remplacer la dette de VINCI Finance International, pesant sur les comptes du groupe, par une dette externe.

Comme pour un particulier cherchant le meilleur taux pour un achat immobilier ?

Tout à fait. C’est le même principe. Nous recherchons les conditions les plus favorables pour baisser le coût de l’argent emprunté. Tous les opérateurs fonctionnent ainsi. Le financement d’un actif de long terme (le contrat de concession passé avec l’État pour l’A355 court sur 54 ans) fait appel à une dette à long terme, comme pour l’achat d’une maison. Le refinancement opéré en avril 2018 correspond, pour un particulier, à un rachat de crédit immobilier à des conditions avantageuses.

Qu’en est-il du financement initial ?

Notre engagement en fonds propres est conservé. Seul l’emprunt a évolué. Nous associons deux contrats de crédits :

  • la Banque Européenne d’Investissement (BEI) pour 173 millions d’euros grâce au Fonds Européen pour les Investissements Stratégiques.
  • un crédit de 186 millions d’euros auprès d’un pool de banques commerciales européennes (Banca IMI S.p.A, CaixaBank, KBC, CSOB, Caisse régionale de Crédit Agricole Alsace Vosges, AUXIFIP)

L’économie réalisée à long terme est de 9 millions d’euros ?

Les conditions de financement sont en effet plus favorables, ce qui nous permet d’emprunter 359 millions d’euros au lieu des 368 millions initiaux. Cela est en grande partie dû au soutien de la BEI qui a vocation à financer les projets et les entreprises de l’Union Européenne. Elle n’investit que dans des actifs de qualité, en s’assurant d’un réel apport des projets pour les citoyens et les États de l’UE. Mais ce n’est en aucun cas une subvention. La BEI nous prête cet argent. Ce geste fort a facilité le tour de table avec les banques.

Deux ans de discussions ont été nécessaires pour finaliser ce refinancement. Les négociations ont-elles été difficiles ou le délai est-il normal vu les sommes investies ?

Ce sont de longues négociations mais des financements à 27 ans d’échéance pour ce type d’enveloppe demandent du temps. N’oublions pas que nous parlons d’un projet restant à construire, d’une opération “Green Field” dont chaque partenaire doit évaluer les risques. L’A355 est le premier projet autoroutier à risque trafic français – c’est-à-dire que ses recettes seront générées exclusivement par les péages, sur le principe de l’utilisateur-payeur, sans subventions, ni loyers – à bénéficier du Plan Juncker d’investissement pour l’Europe opéré par la BEI. L’opération était complexe mais nous disposons maintenant d’un financement ferme et acté.

Ce financement innovant entraîne-t-il des contraintes particulières ?

En tant que banque de l’UE, la BEI a des exigences fortes en termes d’enjeux environnementaux, sociétaux et d’aménagement du territoire car la croissance de l’UE qu’elle est en charge de financer doit être au service d’un développement durable. Dans son étude de notre projet, la BEI a donc été particulièrement sensible à ces questions. La BEI est le premier financeur de l’UE, à hauteur de 60 milliards d’euros. Elle se finance par des obligations émises sur le marché et acquises par des investisseurs privés du monde entier.

Le retard du début des travaux du COS a-t-il des conséquences financières ?

Les 359 millions d’euros sont souscrits mais ne seront mis à disposition d’ARCOS qu’au fur et à mesure de l’avancée des travaux. Les retards font partie intégrante de la vie normale de projets de ce type, sans remettre en cause leur viabilité. D’ailleurs, le financement a été bouclé fin avril 2018. Le retard était connu et n’en a pas empêché la signature.