Fouilles archéologique : à la découverte de nos ancêtres

Adjoint scientifique et technique à l’INRAP (Institut national de recherches archéologiques préventives), Éric Boës est en charge d’une partie des fouilles prescrites sur le tracé du Contournement Ouest de Strasbourg (COS). Interview autour des premières découvertes.

Vos équipes travaillent actuellement sur un secteur reliant Vendenheim et Berstett, prouvant la richesse d’occupation de cet espace depuis longtemps…
Le COS traverse le Kochersberg, une zone riche en densité de villages. Les Alsaciens y voient à juste titre le grenier de la région avec ses nombreuses cultures céréalières. Cela est vrai depuis le Moyen-Âge et les archéologues constatent aujourd’hui que, dès les premiers peuplements néolithiques, 5 000 ans avant notre ère, le mode de vie était proche du nôtre. Les fouilles montrent que les villages ne cessent de se déplacer tous les 50 à 100 ans. Dès que les terrains sont moins rentables pour les besoins agricoles de leurs habitants, ces derniers déplacent les zones d’occupation.

Comment le sol le révèle-t-il ?
Nous avons été intrigués par la grande densité de traces trouvées sous les sédiments. Elles recouvrent constamment plusieurs périodes. C’est donc que les occupants n’ont eu de cesse d’y revenir. Malgré le hasard du tracé du COS, l’image de l’occupation des sols que nous observons est très bonne. Cinq millénaires d’évolution de la pratique de l’agriculture s’y retrouvent : depuis l’organisation en petites unités regroupées autour de familles au Néolithique, jusqu’aux concentrations en fermes agricoles des Romains. Il est fascinant de constater que l’image qui se dessine est proche de celle, très documentée, du territoire occupé par les Gaulois avec, déjà, des dizaines de milliers d’habitants sur ce territoire.

Qu’avez-vous trouvé : des objets ? Des ustensiles ? Des ossements ?
Les vestiges de surface ont totalement disparu à cause du travail successif de la terre. Mais l’ensemble des activités liées à l’élevage et l’agriculture se retrouve dans les silos enterrés que nous avons découverts. Ils permettaient, quelques années durant, la conservation des céréales avant de servir de poubelle. Ce sont donc des marqueurs primordiaux de l’évolution des maisons et des types d’activité (artisanat, agriculture…). Ce mode de conservation, très efficace pour tenir deux à trois hivers, était le plus répandu de -5 000 ans avant J.-C. au Moyen-Âge. Sur les deux hectares de fouilles en cours, un chapelet de dizaines de grandes taches rondes, révélant leur présence, constitue un puzzle à détricoter pour définir les périodes auxquelles ils correspondent. Convertis en poubelles, on y trouve des objets usuels (outils, habits…), des fibules celtiques (petites agrafes pour les vêtements qui servaient de décoration), des ossements d’animaux, mais aussi des céramiques de différents types révélant les us et coutumes propres à chaque époque. Le tamisage fin de la terre permet aussi d’y récolter des céréales, témoignage des types de cultures semées.

Y a-t-il des avancées importantes dans les connaissances ou la confirmation d’hypothèses scientifiques ?
On imagine souvent à tort que nos ancêtres chassaient beaucoup alors que les traces d’espèces retrouvées sont majoritairement domestiques. L’élevage était, déjà alors, dominant. Au XXIe siècle, nous générons beaucoup de rejets, là où nos ancêtres consommaient ou utilisaient de bien plus grandes parties des animaux. Il y a aussi des chocs de comportements, parfois très différents de nos pratiques actuelles. Les silos servaient, par exemple, également à rejeter des corps humains. Avons-nous affaire à des sépultures ? Des faits divers ? Des comportements rituels ? À Berstett, nous avons découvert les dépouilles d’un cheval et de deux corps humains dans un silo de très grande dimension posant la question d’une offrande à la terre, entre lieu de vie (par les cultures céréalières) et de mort, comme un cycle. Nous pensons donc être en présence de comportements sacrificiels.